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# – cousu de fil rose

cousu de fil rose

Une tunique rouge, satinée, semée de fins pois blanc, encolure profonde et rectangulaire, épaules nues, sous le buste, deux lignes ajourées courent sur le tissu, à droite une fermeture éclaire dissimulée lui donne sa ligne.
Parfois un vêtement annonce d’emblée qu’il sera du quotidien, apte à s’immiscer partout, à se prêter aux jeux des superpositions, sur un pantalon, une jupe, comme on voudra ; il dit d’accord. Ainsi en est-il de la tunique, trouvée au portant d’occasions, une adoption mutuelle et immédiate. Elle a encore sur elle un léger parfum un peu sucré, signature de celle qui est venue la porter à la vente.

Un peu plus tard, lavée, portée plusieurs fois, réaliser que l’ourlet est tenu à grands point  par un fil rose. Une robe qui a été coupée, rafistolée à la va vite. Ça fait sourire en dedans, l’avoir fait aussi ça, bien sûr, modifier  – sur un coup de tête ou après mûres réflexions – une tenue, la mettre à sa main, à son corps, en modifier la forme première. Le fil rose entre les pois blanc et le tissu moiré, dissimulé par la légère brillance de l’étoffe, chuchote de point en point qu’une coupe a eu lieu, le tissu est tombé, peut-être un coup de fer pour marquer l’ourlet, la matière est trop fluide pour accepter sans regimber la tenue d’un pli, peut-être quelques aiguilles pour tenir le tout puis au milieu des  bobines de fils, pas de rouge. Juste ce fil rose. Manque le net de la couture-machine qui finirait de fil rouge et gommerait la modification.

On se demande pourquoi ça s’est arrêté là.
Peut-être qu’elle a été lassée soudain, avec un « ça ira bien comme ça », mais quand même. Arrivée là le plus dur est fait, le glissement du tissu sous le pied de la machine en devient une formalité. Et pourtant non.
Peut-être qu’elle n’a pas pu finir.
Peut-être qu’elle l’a coupée pour quelqu’un d’autre, une autre partie plus vite ou plus tôt que prévu. Qui lui a dit qu’elle finirait et qui non finalement, l’insouciante.
Peut-être qu’elle est morte.
Peut-être qu’elle n’avait pas de machine à coudre tout simplement.

Cousu de fil rose alors qu’on aurait attendu du blanc, comme on dit c’est cousu de fil blanc cette histoire.
Dans les deux cas ça se voit.

Aimer ce fil rose insolite en bout de course du tissu qui chuchote les gestes d’une autre.

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Cette entrée a été publiée le 3 août 2015 par dans carnets, vestiaire.
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