sommeil des pommes

curiosités des pommes, chiffonnier de textes

#- Contenir

contenir

Contenir, soumettre ce verbe à la plume, ou plus exactement, mieux que soumettre, lâcher le mot sur la page.
Contenir, quoi là ?
Continent, oui, dérive des continents qui se contiennent tout en glissant, larges galettes aux dents dures, grignotées sur les bordures.

Contenir.
Est-ce que l’écriture à la fin d’une page contient quelque chose ? Contenir, pourtant ce verbe, cette sensation, je bronche devant, d’une part impression d’y être trop à l’étroit, pourquoi ça ? Etroitesse du contenu, ce qui au-dedans déborde.

[ et pourtant ce besoin d’être contenue, retenue par quelque chose, tenue aussi bien comme portée,  un sans peur ni reproche, un sans inquiétude. Le contenu, contenant les inquiétudes, les empêchant aussi là de se répandre]

Mais pourtant, il faut bien une limite, une délimitation, la peau s’ajuste à la chair, contient le corps, empêche les viscères de déborder, de se répandre, de se prendre les pieds dedans, un croche-pied intestinal, oui, ça fait désordre. Contenir là, comme s’il y avait une question d’ordre, de « chaque chose à sa place ». Mais autre chose aussi. Contenir ses émotions. Son agacement, sa colère (alors qu’il faudrait que ça traverse), ses ras le bol, son indignation, son exaspération – ex-asperation, ce qui veut aller au dehors, ce qui veut mordre, hurler, se déchaîner, de ces sautes d’humeurs sauvages, encolérées, je contiens, je comprime, je retiens. Et alors ? Après le mal de ventre, ça reste dedans mais ça se retourne, ça vrille dans le profond du contenant.

Voilà une bonne question : autant au-dehors ça reste lisse, contenu dans la sphère des bonnes manières [ ?], de la bonne volonté, est-ce que, par conséquence, ce serait un dedans sans fond, sans bord, sans limite et que ainsi ça glisse d’un bord à l’autre en cascade ?

Contenir, contrainte, le préfixe  con : avec .

Une durée. Un atelier d’écriture se contient en trois heures qui « passent vite » on dit pour rassurer, qui devant cette longueur frémit en souvenir, peut-être des devoirs sur table, souvenir aride. Nécessité de remplir la page, d’apporter du contenu au contenant, un savoir contrôlé, surveillé.

Contenir. Empêcher d’entrer aussi, une fermeture,

l’arrête du nez et du sourcil tape lentement à droite, un début de mal de crâne. Le mal de tête, la tête contient le mal.

Ça vous a un côté constipé le contenu. Bon, mon sac contient des livres. Je suis bien contente que ça tienne, que les livres y soient rassemblés, transportables. J’ouvre le contenant, me soulage du poids des livres ramenés, remplis à nouveau le sac, d’autres livres, ça pèse à nouveau, mais différemment.

Le contenant, comme les sacs,  faits et défaits suivant les calendriers, les déplacements, les retrouvailles, les séparations, les formations, les stages. Le sac contient vêtements, humeurs à venir, tel vêtement pour telle humeur possible, telle vêture comme secours, comme prévision de secours, protection, comment rendre le corps [acceptable]  mon image légère, du supportable en cas de crise ? Remplir le sac pour faire provision de léger.

Ah ! remplir ! Il faut bien si ça contient, qu’il y ait quelque chose dedans. A part les ballons peut-être, remplis d’air, la paroi et le nœud empêchant l’air de sortir. Le ballon n’existe pas sinon.

Qu’est-ce que ça contient l’écriture ? Quoi y mettre dedans ?  Juste suivre, laisser le passage ouvert. L’écriture comme une invitée amie à faire confiance, on verra bien le chemin parcouru après. Suivant le tempo. Bien plus proche d’une résonance musicale, d’assonance, de chocs, avec des gammes, jour après jour même s’il n’y a que cela, poursuivre quand même.

Après, ensuite, revenir sur les mots : une forme s’esquisse dans la matière. La matière écrite du premier jet contient une forme à libérer, à dégager de sa gangue première. Vraiment ? Peut-être.

Est-ce qu’on prend la forme de ce qu’on aime ? Est-ce que j’attendrai de toi que tu me donnes forme ? Est-ce que tu attends de moi que je te donne forme ?

Est-ce que le contenir peut s’infuser à la façon des feuilles de thé qui se déplient libérant liqueur et arôme du souvenir, feuilles séchées la nuit et retirées avant l’aube pour ne pas que la rosée s’y dépose, les feuilles contenant le souvenir de la nuit et l’absence de rosée.

Mais il ne doit pas faire attendre l’eau pendant trop de temps, sans exactement se perdre, elle pourrait s’étaler pas mal.
Henri Michaux.

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Cette entrée a été publiée le 24 mars 2015 par dans carnets, lexique.
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