sommeil des pommes

curiosités des pommes, chiffonnier de textes

# – matin

matin

Matin de bois, des bois ligneux tendus sur la peau du monde.

Matin de pénombre où la nuit s’attarde sous les objets, la lumière contenue par la croisée de volets, butant-rôdant aux interstices, hantant l’ombre diffuse et laiteuse des meubles, coulant de la page, encre nocturne au sillage du jour.

Matin torchis, mal torché, à peine remis de la veille, s’usant à se relever avant le KO final, non entamé ni commencé, un simulacre de début. Une pantomime vide de sens, une répétition devant une salle déserte où les silhouettes des comédiens se confondent avec le noir tombé des cintres.

Matin périphérique glougloutant aux pieds des tours, la cafetière, le bruit ténu des voisins, le claquement des radiateurs, le raclement du vide-ordure du septième étage, le souffle de l’ascenseur – ronde des sons saturant le profond du sommeil.

Matin terrien,
ancré aux buissons,
bordé aux trottoirs,
enclos dans ses routes,
déployé sur les champs,
butté sur ses friches besogneuses ou déployé sur son ventre d’argile,
rupture de la brume saline prémisse du maritime où le continent cède et s’évide au mouvant perpétuel et liquide.

Matin égrené comme bourre de coton délitée aux creux des paumes,  douces dans la main, rêche de la ganse brune sur les doigts gourds, souplesse et aspérité mêlées, jusqu’aux sacs de jute débordants aux abords des champs ; sueur âcre piquant le regard, troublant l’horizon buissonneux enfermé dans la répétition de la même ligne recommencée.

Matin gainé de soie aux ailes multicolores des papillons brodés dans leur envol suspendu sur la trame la plus fine du temps, entre le souffle et les paupières, avant que ne s’efface la clé du miracle dérobé.

Matin suspendu aux fils translucides qui animent la marionnette, remontent le mécanisme du jour ouvert, disposent des membres ; un trouble de l’air et un bras se lève, un deuxième souffle et le corps bascule retenu par le montreur, dans une gestuelle un peu saccadée et mécanique : mal de dos.

Matin papier mâché aux remugles d’encre vieillie mouillée d’une colle trop liquide, poisseuse et gluante où surnagent les incompréhensibles Léviathans des marres croupies.

Matin de poivre vert aux rondeurs de billes translucides où se tient inversé le monde au creux de la main, fragile comme la chimère, inattendu comme la fleur de papaye.

Matin dense où la chair se souvient, apaisée de ses orages comme un ciel lavé, revenue en ses rivages d’amarre, et ouverte et ronde, réconciliée.

Matins repliés, origami des levers, s’assemblant comme une trouée soudaine et inattendue entre les nuages, éprouver le creux de la grâce attrapée entre les dents ; certains matins qui se rappellent tous ensemble dans la légèreté éprouvée de l’air coulant sur les pensées comme une rivière douce et sans but.

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Cette entrée a été publiée le 15 juin 2015 par dans carnets, divers.
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