sommeil des pommes

curiosités des pommes, chiffonnier de textes

# – pourvu que ça tienne

pourvuque

alors que donc, pourvu que ça tienne, pourvu que ça tienne ça ira, abrasée de cette fatigue créant l’indécision du dehors, sortir, prendre l’air c’est bon pour la santé, avec ce que tu fumes, avec ce que tu bois mais voilà, sortir le soleil est remplacé par des nuages alors pourvu que ça tienne, ça tient à quoi l’hésitation, l’imperceptible hésitation, aspirateur plutôt que dehors, pas tant pour ménage que pour dedans refaire maison à soi, refaire cocon à soi, seule, sola, isola, une îlesoi, cueillir les roses pour un bouquet, passer l’éponge, l’aspirateur, la serpillière mais cette dernière sans insistance, pourvu que ça passe, pourvu que tu reprennes l’espace, que tu t’en réappropries le salon même si nichée au bureau, nichée dans un coin et y être bien, pour le bonheur à la descente de l’escalier de la pièce qui respire, de la pièce qui te fera cocon près du feu si tu veux, le bois est rentré en tas près du foyer, la cagette à portée de main dans l’arrière cuisine, mais être là les doigts sur le clavier, tenue et retenue par le tamtam, ça fait sursaut, de sursaut en sursaut, une heure a disparue aujourd’hui, c’est à ne pas y croire et pourtant maintenant que ça dit 16 :07 on penserait que non, dans l’os du corps c’est bien plus déjà presque le soir, c’est déjà pas loin du sommeil qui se tient sur l’épaule droite depuis le lever, chassé par décision mais jamais bien loin ça met dans un état halluciné, et aimer cela, y revenir aux mots et penser, accrochée par ces quelques mots – lus où ? – pourvu que ça tienne et ça tient à quoi, en tourniquet autour de la page, qui reviennent sans délivrer leur message mais soudain et pourquoi pas, aimer ces cinq syllabes parce qu’elles lancent et font lever la phrase, tout est prétexte à ne pas sortir, sortir s’éloigner des mots et pourtant on dit vivre avant d’écrire et si pour une fois c’était l’inverse et si pour une fois c’était écrire qui faisait lever la vie comme le levain dans la pâte, pourvu que ça tienne, oui et c’est ça à espérer, que ça tienne, pour ne pas tomber, se casser le nez, la goulette, la margoulette, aimer le ça dans les syllabes, l’indéterminé de la chose, ça, moi, sursois, sursaut, quelque chose de soi dedans, pourvu que ça tienne, oui, et quitte à l’écrire c’est faire tenir, c’est tenu, tant que les doigts vont sur le clavier ça tient, et pourvu que encore et encore, ça vienne et revienne, délivrée du sujet et de la contrainte de donner forme à autre chose qu’à la poursuite d’une pensée où se cache quelque chose qui accroche, qui fait quitter le jardin où une tentative de plus avec le livre qu’il faudrait lire avec le carnet pour les notes c’est mieux mais il n’y plus de soleil alors ça autorise à remonter les marches en enjambant l’aspirateur, plus besoin d’aspirer c’est bien l’inverse précisément, c’est laisser aller, c’est laisser aller pour voir, pourvu que ça tienne, pourvu que ça reste là ce qui démange dans les paumes, garder la veste de laine et ouvrir la fenêtre, comme ça l’air entrera au lieu d’aller y voir, et même pas froid, pourvu que ça tienne dans cette soudaine solitude, dans ce qui d’être là on mesure combien oui, c’est cela qui appelait, qui demandait, être seule, sans défroque autre que celles que les mains cherchent à attraper là, mot après mot, cliquètement après cliquètement, être seule pour soudain laisser faire, se débarrasser des trop lourdes réflexions l’autre comme alibi c’est juste toi qui ne peux pas, qui n’arrive, pas qui piétine et si c’était bien plus, pas du tout, juste le besoin de l’état de solitude, pour que ça puisse tenir, un peu plus, un peu plus loin, peut-être alors ça change la donne et en même temps n’importe quoi, d’autres solitudes n’ont pas eu le même effet, bien au contraire, bien au contraire, avachie, aspirée vers les vies de l’écran, le seul doigts en action sur la télécommande pour appuyer sur suivant, mais pas là, pourvu que ça tienne, pas cette fois, quelque chose à travers l’usure de la trame du jour se déchire, s’ouvre à flots, la fatigue comme élan bizarrement, et si ça stoppe, relancer, comme on relançait les moteurs à manivelle, peser, appuyer, pour retrouver le mouvement et faire repartir les doigts car ce sont eux qui savent, qui savent où chercher où s’agripper comme à la varappe, faire confiance aux rebords des crevasses sur lesquels les doigts hissent le corps sur la paroi, trouver l’équilibre entre vertige et gravité, sans oublier la tension des jambes, tout ça ensemble pour avancer encore, encore défier le vide, pourvu que ça tienne, manque la suite, le risque, le possible que ça ne tienne pas mais c’est justement ça qui donne le pouvoir comme un conditionnel d’enfance, comme on dirait que ça tiendrait puisqu’on ne sait pas qu’est-ce qui tient quoi et dans quel but, oublier le but, si ça se trouve il est dépassé depuis longtemps, si ça se trouve, s’il y avait une borne d’arrivée – et arriver où ? – elle est loin ailleurs, ni devant ni derrière, juste ailleurs parce que pourvu que ça tienne ça avance et c’est avec ça que les mots se brassent, s’emmêlent, se raccrochent et font descendre la page, puis une autre page et ça, pendant que ça tient, ne pas même le savoir puisque les yeux suivent les doigts et basta la page, juste les doigts et même pas beaucoup de doigts, à peu près deux qui s’y risquent et si le rouge du correcteur intégré souligne la trop grande précipitation on le verra plus tard, après quand ça aura fini de tenir pour cette fois, et en voilà un autre encore le à quoi ça tient tout ça prononcé sur un ton fataliste, fataliste comme ils nous montrent le monde, comme l’incessant manège informationnel, tout mouliné dans la soupe où la langue même, ce qui fait sa force, ce qui fait sens a disparu, mixé en très petits bouts de rien, brassés, les morts, les chiffres, les rappelés à l’ordre du politique, de la communauté en ligne, les bavasseries, qu’ils s’étouffent avec leur mixture qui a perdu l’espace où être, mais à quoi ça tient, le pourvu que ça dure tout empli de joie, de joie et de colère l’un entrainant l’autre, l’un martelant l’autre les deux faces de la même médaille, comme les deux doigts qui frappent leur cadence sauvage, non monnayable, non échangeable, sans étalon pour en prendre la mesure, rien d’autre que cette échappée pourvu que ça tienne

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Cette entrée a été publiée le 28 février 2016 par dans carnets, divers.
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