sommeil des pommes

curiosités des pommes, chiffonnier de textes

452 – extrait 4

# –  231e jours

452 comme le numéro d’une route, une D452 par exemple, modulée par la voix magnétique du GPS, « au rond-point, prendre la 2e sortie sur la D 452 », ou, « dans 200 m prendre à gauche sur la D 452 ». En pleine nuit, dans un paysage touffu, où ralentir exagérément pour ne pas rater cette toute petite départementale, parce qu’on a fait confiance à la machine, pensant qu’elle allait reprendre la même autoroute qu’à l’aller mais qu’elle t’envoie en pleine cambrousse, un ciel couvert sans doute mais à 2h du matin, comment savoir sans la lune ?

« J’ai entendu dire que le GPS est en train de modifier en profondeur la perception que nous avons de notre positionnement et de la manière dont nous allons d’un endroit à un autre. La notion même d’itinéraire deviendrait aujourd’hui problématique, certains par extension, allant même jusqu’à être persuadés que tout est localisable, temps et sentiments compris. Il est de plus en plus difficile, semble-t-il, d’accepter de ne pas savoir où l’on est, et par voie de conséquence il est de plus en plus difficile de savoir où l’on est. » Nathalie Léger – Supplément à la vie de Barbara Loden.

452, une route donc, une désignation, une nomenclature. Une route qui se déroule chaque jour, faite de boucles, de marches-arrières, de sur-places, d’avancées, de retenues, une route qui n’existe que sous le pas de chaque jour, qui déroule son ruban, même et différent. Une exploration, les débuts d’une cartographie, à peine, quelque chose d’un territoire vers lequel te pousse cette 452, cette sente, ce chemin, ce passage. Un compagnonnage d’inconnu. La lassitude parfois dans ce kaléidoscope de connu et de sauvage, de compromis et d’évitement, de distractions et d’étonnements, de place, de poids, de plein, de creux.

452, la route au bord de laquelle on attend, espérant un véhicule qui vous sorte de cet indéfini, qui accélère soudain le temps, lui donne une visée. La fatigue dans l’épaule du bras tendu avec le pouce levé, en pur perte, rester là en éprouvant la légère claque d’air que fait chacun d’eux quand ils passent sans s’arrêter dans l’odeur brûlée de gazole et de caoutchouc trop chauffé, âcreté dans le nez et la gorge. Chercher un peu d’ombre mais on dirait une route comme dans la Californie des films, longue, sèche, rouge, sans beaucoup de perspective. Rester là, sur la touche, tout en marchant. Après la prochaine butte peut être autre chose, peut-être une station, peut-être les machines arrêtées, enfin silencieuses, retrouver des humains.

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Cette entrée a été publiée le 27 mai 2017 par dans carnets, divers.

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