sommeil des pommes

curiosités des pommes, chiffonnier de textes

Nécessité

tu mouilles l’éponges sous l’eau tiède, tu lui envoies une giclée de produit vaisselle vert, tu la replies plusieurs fois dans ta main, la mousse blanche déborde du rectangle jaune pâle, tu saisis la planche de bois, tu frottes de chaque côté, tu la rinces sous l’eau tiède et la pose sur l’égouttoir en bois, tu poursuis avec le saladier blanc où la mousse ne se voit presque pas, tu recommences avec la poêle où ont cuit les steaks hier soir, tu frottes bien pour retirer toutes les traces, le gris intérieur de la poêle se teinte de mousse blanche, tu rinces à l’eau tiède, tu saisis les grands verres à vin en forme de tulipe qui ne rentrent pas dans le lave vaisselle, tu les mouilles à l’eau chaude, les rince d’un tour du poignet, tu remets du produit sur l’éponge et tu fais mousser, tu laves les grands verres et les rinces à l’eau chaudes, tu les poses têtes en bas sur l’égouttoir, tu prends les grands couverts à salade, la grande cuillère noire, pareil tu les laves, sur la gazinières tu attrapes le faitout où ont réchauffé les carbonaras, tu remplis d’eau chaude et ajoutes un peu de produit, une pellicule de mousse se forme à la surface, tu laisses tremper, tu vas dans le salon, tu ramasses ce qui reste sur la grande table – deux sous de plat et un poivrier, tu les apportes à la cuisine, avec une feuille d’essuie-tout tu ramasses les miettes, tu jettes la feuille dans la poubelle qui commence à être sérieusement pleine, tu reviens avec l’éponge rincée, tu essuies et ramasses ce qui reste sur la nappe rouge à pois blancs,  – c’est un tissu ciré, de la main gauche tu dois maintenir le bord opposé de la nappe tandis que la main droite passe l’éponge pour ne pas tout flanquer par terre, tu frottes sur les taches qui résistent, tu vas à la cuisine rincer l’éponge, tu repasse un coup sur la nappe, tu emportes les cendriers pleins de la table basse, tu les vides dans la poubelle, tu reviens avec l’éponge, tu nettoies la table basse, tu retournes à l’évier, tu nettoies le faitout qui a trempé, tu le rinces, le poses sur l’égouttoir, tu nettoies le plan de travail, tu rinces l’évier, récupère dans les siphons les cochonneries amassées – reste de nouilles, de salades, petites choses non identifiées, tu les jettes dans le seaux à composte posé au sol près de l’évier, tu décides que le petit bordel accumulé sur le buffet devant les verres ça suffit, tu tries les différentes boîtes à médicaments, une pile à ranger dans l’armoire à pharmacie à l’étage, les autres replacées dans le petit panier qui ne déborde plus, tu tries et ranges le fatras : une grande vis, un coquillage, un petit caillou noir, un rouleau de scotche plastifié noir, tu ramasses les pièces jaunes, les met avec les autres dans le petit bocal, tu ranges dans le placard la farine de sarrasin dont tu ne t’es jamais servi encore, tu laisses l’autre paquet de farine de blé 80, tu passes l’éponge sur la bordure dégagée, elle devient noire tu la rinces et la repasses à nouveau, tu tries sur la caisse près de l’entrée les ampoules usagées et les piles, tu les mets dans un sac en papier blanc pour les déposer tout à l’heure à l’Inter, tu te rends compte que tu es en train de fuir de plus en plus en plus loin le clavier dans le bureau là-haut, que tu pourrais même poursuivre ce nettoyage dans le bureau même qui en a bien besoin, tu entends le rythme du livre de Marius Daniel Popescu dans ta tête, tu aimes bien cette succession brute des faits et geste et son emploi du « tu », tu fais chauffer de l’eau dans la bouilloire, tu mets deux cuillères à café et demi de Chicorée dans la grande tasse isotherme, tu verses l’eau bouillante mais pas à ras bord, tu ajoutes au robinet de l’évier de l’eau froide, tu ramasses le paquet de cigarettes, le portable, le briquet, tu montes au bureau, tu repousses la tasse jaune avec un fond froid, repousses les bagues que tu n’as pas remises, tu rapproche le clavier, ouvre un document Word, tu écris une partie de tout ce que tu as fait pour fuir ce que tu dois maintenant faire, t’y mettre, y aller sans obligation mais avec curiosité, tu sais que dans « il faut » il y a faillir et que même si tu t’es dit au réveil « il faut que j’en finisse ce week-end avec ce texte », il est nécessaire et salutaire de te décrocher de ce falloir (qui rime avec lavoir), tu notes les choses comme un échauffement, tu fais le vide en tapant sur le clavier, tu laisses doucement remonter ce que tu as lu, que tu ne regardes plus depuis 15 jours que tu te dis « il faut que » et tu y vas.

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6 commentaires sur “Nécessité

  1. Colline
    19 juillet 2018

    On dirait moi

    J'aime

  2. Colline
    19 juillet 2018

    Merci, ça me donne l’émulsion d’écrire…

    J'aime

  3. lydie
    20 juillet 2018

    J’ai bien fait de m’abonner. ENCORE ! ENCORE !

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 19 juillet 2018 par dans carnets.
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