fleuve

Le jeté d’un tissu lourd et souple accrochant la lumière et le vent dans ses plis, le fleuve est un atelier de couture tout occupé de lui-même.
Ruissellement continu de l’étoffe qui ne cesse de fuir et de glisser hors de la table qui le soutient – à peine si les rives sableuses, festons de blondeur, rompues çà et là de la couture d’une herbe verte agrippée aux pierres des épis, parviennent à orienter sa fuite incessante, échappant sans cesse aux mains qui tentent d’en retenir le velours.
Çà et là, une île d’arbres échancre ses plis. Le sillage tranquille des barques tente de faufiler un ourlet fugace, bientôt absorbé par l’amplitude étale de sa trame. Les arbres prennent langue avec le vent, chuchotant le bruissement de paroles inaudibles.
Parfois une puanteur franche s’adosse au vent, de merde ou de putréfaction, on ne sait pas bien, puis se disperse, absorbée par l’haleine de glaise et de vase.
De part et d’autre du flot central, les balises vertes et rouges, boutonnière délicate et précieuse, tiennent entrouvert le chemin du flot velouté.
Longue silhouette élégante, passage d’un héron mimant de son reflet à la surface l’avancée précise des lames d’un ciseau sur l’eau que rien n’entame.

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