# ATTENDS !

ATTENDS ! avant de venir voir le brillant propre lisse clair du carrelage frotté au lave-pont la pellicule d’eau grise flottante absorbée à grands coups de serpillière puis essorée puis rincée et encore frotter le son patient du crissement de poils drus sur la surface qui résiste et fait le dos rond ATTENDS ! je n’ai pas fini tu viendras voir la surprise le ménage si bien fait tout comme toi les mêmes gestes les mêmes tics les mêmes tournures des mains sous l’eau qui coule dans le seau avec le chiffon à poussière le chiffon à cire le chiffon à vitre et l’odeur là-dessus le frais la pointe de javel l’encaustique la lessive le savon noir le Cif et la clarté retrouvée, tu vas voir comme toi fourbir incessamment mener lutte contre l’entropie du foyer qui se désagrège si on n’y prend garde si on lui tourne dos si on baisse les bras tu verras comme j’ai bien tout appris comme tout pareil je sais je fais j’époussète je brique je rince j’essuie j’essore je frotte je lave j’aère je secoue je retourne je tire je lisse et comme je continue comme ça ne s’arrête jamais ATTENDS ! laisse-moi le temps de finir, ce sera réussi A TEMPS ! à point nommé à l’heure dite il faut que ça soit prêt que rien ne dépasse que tout soit parfait pour leur arrivée pour sa visite pour l’invité un scénario bien rôdé dont chaque plan est prévu organiquement les gestes se font le corps s’engage si bien su qu’on n’y pense plus on le fait avec le décompte de l’horloge fourneauménage c’est tout un fourrménage fourrer la bête au fourreau sabre clair ce sera fait dans les temps comme dans le tien de temps et comme avant dans le temps moulinex libère la femme ATTENDS ! tu verras quand tu seras grande quand tu seras femme quand tu seras ménagère quand tu seras bonne à tout quand tu saigneras quand tu enfanteras et puis quand tu ne saignera plus que l’époux ira voir ailleurs que les enfants seront partis les ingrats tant de soins pour si peu de reconnaissance il faudrait pas que ça grandisse quand tu regarderas par la même fenêtre le même arbre peuplier déplumé sous la neige dans la rue le long du trottoir de l’ephad avec tes semblables ATTENDS ! tu as bien le temps tu t’y feras tant bien que mal si tant est que tu patientes un peu tant qu’à faire tu peux essuyer les verres tant que tu fais attention tant que tu éponges ce qui déborde ce qui se mêle à l’eau de vaisselle ce qui s’égoutte le long de tes joues un coup de torchon et il n’y paraît plus tant que tu la réserves la retiens la contiens la brides la balaies cette tristesse si profonde si ancienne si dedans qu’on dirait les corons la mer du nord les champs sous le ciel sans moulins ni Don Quichotte ni lance ni ânes ni dragons ni sœur Anne ni Tartares ni rien du tout que dalle nada que l’étendue informe impropre inapte de ton attente à devenir enfin autre chose.

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